J'ai lu un livre...
Avec que des mots dedans.
Donc histoire de bien faire comprendre que la "rubrique" bouquins de mon blog n'est pas là pour faire croire que je ne suis pas complètement inculte, je vais évoquer une de mes dernières lectures dans ce domaine. Loin de la mangasse et tout ce qui s'y rapporte, penserez-vous... Pas tant que ça en fait. Puisque j'ai achevé, il y a quelques mois, ce qu'on pourrait appeler un (en fait deux) classiques de la littérature nipponne : "La Pierre et le Sabre" et "La Parfaite Lumière" de Eiji Yoshikawa. Quelques adaptations cinématographiques plus tard, sortait Vagabond de Takehiko Inoue, l'auteur de Slam Dunk. Bref, après 20 tomes du manga (les deux derniers d'une qualité un peu en deçà des précédents soit dit en passant), la pensée qu'il serait peut être temps de me mettre aux bouquins m'a (enfin) traversée l'esprit.
L'histoire...
Version courte :
Vagabond, La Pierre et le Sabre etc... narrent les aventures romancées de Miyamoto Musashi, personnage historique du début de l'ère Edo (1600-1868). Bretteur hors pair, peintre et poète, il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands samouraï de son temps.
Version (un peu plus) longue :
1600. Fin de la bataille de Sekigahara, final décisif marquant la victoire des troupes de Iezawu Tokugawa. Takezo et Matahachi sont deux bouseux de 17 ans, soldats en voie de disparition du clan Toyotomi. Oui, car dans leurs soifs de puissance et l'espoir de se faire un nom, ils ont "combattus" dans le camp des (futurs) vaincus. Pourchassés, leurs désirs de gloire envolés, ils tentent tant bien que mal de rejoindre leur village natal. En chemin, ils sont recueillis par une jeune veuve et sa fille...
Donc après avoir été abreuvé par Hollywood et le cinéma asiat' de films à coups de devises incompréhensibles et d'acteurs tentant de jouer (mal) le samouraï trop classe quand il tient son sabre, que ce soit en livre ou en BD, j'avais une tendance maladive à fuir ce genre comme la peste (exception faite à Mulan, ceci dit). Et probablement suite au génialissime Slam Dunk... suivi par le (soi disant) trop bon I'll, Vagabond a su me plaire... le genre de manga dont on attend rien et qui vous fout pourtant une claque monumentale, ça n'avait rien à voir mais les personnages ne pouvaient de toutes manières pas m'être aussi insupportables que ceux du pseudo manga de sport d'Asada (j'ai détesté... et alors ?).
Anecdote à deux balles : j'avais affirmé dans ma folle jeunesse (14 ans) à un gars de ma classe que ce qu'il lisait (ledit manga évidemment) devait être pourrave ^^". Réponse du même acabit : "t'es trop conne"... Je l'étais, mais je sortais d'une mini période Britney, c'est une justification valable, non ? NON ?!
Donc, Vagabond c'est :
Des combats magnifiquement mis en scène, des dessins amenant au bord de la crise cardiaque, des personnages développés, attachants et tout.
Mais entre les sabres et les giclées d'hémoglobine, Vagabond c'est avant tout la quête initiatique d'un homme en devenir qui, par ses rencontres et ses mésaventures, se nourrit de sa soif d'apprendre l'art du sabre, et acquiert au fil des expériences une maîtrise de soi et une sensibilité certaine pour les arts et le monde qui l'entoure.

Quel est l'intérêt d'évoquer la lecture d'un bouquin et son adaptation sans une inévitable comparaison... Relativement rapide ceci dit, un peu superficielle peut être, mais assez pour que les amoureux du détail et la perfection, ceux qui ne connaissent aucunes des deux versions et/ou ne souhaitent pas se spoiler passent leur chemin.
Donc hormis le nombre de pages du bouquin, la première surprise vient en grande partie du héros. Où est passé le jeune sauvage, sans attache et sans famille, incapable d'aligner deux mots sans massacrer autant d'hommes ? Takezo semble au contraire avoir un semblant d'éducation... de la famille aussi. Certes, il n'en demeure pas moins d'une sauvagerie, d'une impulsivité et d'une imprévisibilité un peu plus élevée que la moyenne mais d'une manière moins radicale que le laissait penser Inoue...
Néanmoins que ce soit dans la personnalité du héros, le chapitre Otsu, Takuan, Yoshioka & co ou le passage sous silence des quelques années d'érudition de Takezo, ceux ci constituent des changements relativement mineurs comparé à celui concernant l'autre grand personnage du manga : Kojiro Sasaki, adversaire mythique de Musashi. Là où Yoshikawa se complaît à développer la période post-(pré)adolescence du jeune Kojiro, 16 ans au compteur, Inoue s'attarde lui sur son enfance et son apprentissage du sabre, sa manière de prendre inconsciemment avantage de ses handicaps tenant du génie et cette espèce d'insouciance qui le caractérise, le rendant plus que sympathique. Deux traitements différents pour deux visions opposées d'un même personnage...
Vous admiriez le Kojiro sourd et muet dont la persévérance, le génie et le dévouement vous rendaient admiratifs. Connard et prétentieux seraient des adjectifs plus appropriés à la version de Yoshikawa.
Si bien qu'on a parfois plus l'impression d'être face à un trip Highlander : l'opposition du bien contre le mal, ils se croisent, se re-croisent jusqu'à ce qu'à la fin, il n'en reste plus qu'un.
Le manga semble lui aussi mettre en valeur, la nécessité d'un affrontement à mort, mais non comme une sorte de fatalité, mais parce que cette solution s'est posée comme l'unique manière de se rapprocher de la "voie", terme explicitement évoqué chez Yoshikawa contrairement à Inoue, qui le rend paradoxalement plus compréhensible, plus logique peut être, aux yeux du lecteur. Et c'est cet aspect traité de manière plus secondaire chez l'écrivain, en dépit d'une mise en avant plus explicite à l'approche du combat final, que semble adopter le mangaka... et cela avec plus ou moins d'habileté.
Du côté des similitudes, certains éléments et passages tels le dévouement, le courage et la fidélité d'Otsu, l'espièglerie de Jotaro (auront nous bientôt droit au loyal Iori ?) entre autre sont même très bien rendus voire, me risquerai-je à écrire, sublimés par le mangaka.
Quoiqu'il en soit, nous voilà face à deux versions somme toute similaires mais qui n'en reste pas moins bien différentes sur des points qu'on pourrait qualifier d'essentiels... "Et depuis quand le but d'une adaptation est-elle de correspondre au détail près à l'original ?", penseront certains. Ce n'est qu'une comparaison hein et le fait est que version BD ou littéraire, les deux se valent largement et se sont, pour ma part, avérer (s'avère) être des lectures très agréables.
On pourra cependant reprocher au bouquin l'absence totale de lexique qui, pour un non initié à la culture mangasse (et nipponne tout court), n'en facilitera pas la compréhension. Pas certaine que tout le monde sache ce qu'est un rônin ou ait tilté sur les divers termes culinaires japonais.
A noter qu'une version reliée d'une valeur de 29€ est sorti il y a peu, sachant que les deux bouquins n'excèdent pas, à eux 2, la somme de 20€, on est en droit d'espérer que les problèmes de lexique ont été résolus... ou peut être est-ce seulement du au format.
Quelques Liens :
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